Alors que les élèves camerounais retrouvent aujourd’hui le chemin de l’école, je me dois de faire un article sur le système scolaire du Cameroun. Les élèves français ont repris les cours il y a cinq semaines déjà, mais la rentrée camerounaise a été décalée d’un mois en raison du virus. Les examens qui devaient avoir lieu en mai-juin se sont tenus au mois de juillet et tout a été décalé.
Il m’arrive régulièrement de vouloir changer plein de choses dans notre système scolaire français, que je trouve souvent trop rigide pour répondre vraiment aux besoins des élèves. Je me sens régulièrement frustrée de ne pas avoir assez de temps pour faire mes cours et m’occuper des élèves aussi bien que je le souhaiterais. C’est dans cet état d’esprit que je suis arrivée au Cameroun en février…et en entendant Dany et Elisha me parler de la manière dont se passent leurs cours, je n’ai pu que revoir mon discours et relativiser !

Au Cameroun, on parle de lycée pour désigner le collège et le lycée. Les collèges sont des établissements privés, payants et dans lequel il y a souvent plus de libertés. Dans le public, la rigueur est de mise et certaines règles sont très strictes. Ainsi, la tenue des élèves est regardée avec beaucoup d’attention à l’arrivée des élèves le matin. Les surveillants au portail vérifient que les élèves portent bien l’uniforme du lycée, sur lequel doit être brodé leur nom au fil blanc, que leurs ongles sont bien taillés, propres et sans vernis, et que leur coiffure est conforme au règlement. Dans le lycée de Dany et Elisha, les filles doivent être coiffées avec des nattes (entre 6 à 10 nattes) et les garçons doivent avoir le crâne rasé. Les filles portent une robe avec un cordon en guise de ceinture, qui doit retomber au niveau du nombril. Si ce n’est pas le cas ou s’il y a une règle qui n’est pas respectée, l’élève est soit renvoyé chez lui, soit puni. Actuellement, un des surveillants punit les élèves en leur faisant faire 50 pompes à l’entrée du lycée, devant tout le monde. Les élèves l’ont donc surnommé « Pompidou » 😂😂 Il est aussi possible de fouetter les élèves avec une chicotte. Mais cela n’est pas utilisé par tous les enseignants.

Tous les lundis matins, les élèves du lycée entier se réunissent pour le grand rassemblement. Comme la cour du lycée est trop petite pour accueillir tous les élèves (ils sont plus de 10 000), ils se retrouvent sur le terrain de foot. Là, diverses informations leur sont données : club journal du lycée, point sur l’orientation scolaire, point santé, bilan de la vie scolaire avec nombre d’exclusion et discours du proviseur. Le proviseur est une figure très respectée au lycée : quand il passe, tous les élèves se taisent.
Je trouve souvent difficile d’avoir entre 170 et 200 élèves chaque année, qui arrivent chacun avec leurs soucis, leurs difficultés, leurs rêves et leurs espoirs. Certains auraient besoin d’un accompagnement plus personnel et régulier que je n’ai souvent pas le temps de leur apporter. Mais ce n’est rien en comparaison au nombre d’élèves présents dans les classes au Cameroun, qui avoisine les 150 (en tout cas dans les lycées publics de Yaoundé) ! Et chaque professeur enseigne à plusieurs classes, ce qui fait qu’ils ont souvent entre 450 et 600 élèves par an, voire plus ! Dans ce cas, impossible de connaître chaque élève, de l’appeler par son prénom et de l’accompagner réellement. Les professeurs n’ont pas le temps de faire l’appel : avec autant d’élèves par classe, cela prendrait toute l’heure de cours ! Ce sont les élèves les plus studieux, qui posent des questions aux professeurs à la fin de l’heure de cours ou ceux qui posent problème qui sont bien connus des professeurs.

Avec 150 élèves par classe, difficile aussi de bien gérer la classe. Les cours sont souvent bruyants et les élèves agités, avec ceux qui ne veulent pas suivre le cours au fond de la classe et les élèves sérieux devant. Pas toujours facile de se concentrer ! Il faut beaucoup de poigne aux professeurs pour réussir à imposer le silence et à faire cours dans de bonnes conditions. La plupart du temps, les professeurs arrivent (chaque classe dispose de sa salle, ce sont les profs qui se déplacent) et font un cours magistral. Les élèves prennent des notes et ne peuvent pas vraiment poser de questions.
J’ai aidé Dany et Elisha à réviser leur cours avant leurs examens, et notamment l’histoire-géo. En révisant avec elles, j’ai compris pourquoi elles me disaient qu’elles n’aiment pas cette discipline. Le programme n’est pas forcément adapté au contexte (quel est l’intérêt d’enseigner la Renaissance italienne au Cameroun, en plus sans support visuel pour présenter les artistes comme Léonard de Vinci, Michel-Ange et leurs œuvres ?). L’histoire est une discipline vivante, qui interroge, fait réfléchir et nécessite un travail sur des sources avec des supports visuels. Mais cela est compliqué quand les locaux ne sont pas équipés de vidéo-projecteurs ou que les effectifs sont si nombreux que seul le cours magistral est possible. Dans ces conditions, il est difficile pour les professeurs de bien guider les élèves. Les copies ne peuvent pas être beaucoup annotées, il y en a trop pour que le professeur ait le temps d’écrire des conseils sur chacune (je n’ose pas imaginer le temps que cela prend, la correction des copies est la tâche de l’enseignant qui me parait la plus fastidieuse !). Avec le bruit qu’il y a en cours, c’est aussi difficile de corriger les devoirs. C’est pourquoi les professeurs préparent des photocopies avec le corrigé qu’ils paient eux-mêmes et qu’ils revendent aux élèves intéressés. Parfois, le prix demandé pour un corrigé est trop élevé, et de nombreux élèves préfèrent s’en passer plutôt que de payer.

Pour s’en sortir et réussir dans ces conditions de travail, il faut vraiment être motivé et travailleur. La plupart des élèves, après leurs 8h de cours, fréquentent un groupe de répétitions. C’est un groupe privé avec des profs privés qui viennent revoir les points vus en cours avec les élèves réunis en petits groupes et leur donnent des exercices. C’est payant (entre 7000 et 15000 CFA par mois, donc entre 10 et 20 euros, ce qui n’est pas à la portée de tous) et cela représente une nouvelle journée de travail pour les élèves qui ont déjà eu cours au lycée le matin. Lorsqu’ils rentrent à la maison, il faut encore faire les devoirs pour le lendemain. Les élèves sérieux sont nombreux à se lever tôt le matin pour faire leurs devoirs et travailler avant de suivre leur journée de cours.
Pour avoir travaillé sur plusieurs manuels scolaires durant mon temps de mission, j’ai pu constater que le niveau scolaire est souvent plus élevé que le nôtre en France. J’ai par exemple travaillé sur un manuel de SVT de 3ème, et j’y ai vu des notions que je n’avais pas étudiées en classe (et pourtant j’ai fait un bac S avec option SVT). Si les conditions de travail étaient meilleures, les élèves camerounais auraient bien plus de connaissances que nos élèves.
Voilà de quoi remettre les choses en perspective, cesser de se plaindre et faire de son mieux. Aucun système n’est pas parfait, tout peut toujours être amélioré. Le plus important est de faire de son mieux et d’y mettre son cœur !

PS : c’est un article écrit à 4 mains, avec Dany qui a donné toutes ces informations. Ce sera aussi le dernier article… Cette semaine, cela fera deux mois que je suis de retour en France et j’ai repris mon travail au lycée. Mais il y aura d’autres aventures africaines, je le sais déjà 😉