Mis en avant

🇨🇲 Bien arrivée au Cameroun ! 🇨🇲

Me voilà depuis 10 jours au Cameroun, en train de découvrir mon nouvel environnement de vie et de travail ! Il fait ici 33 degrés, nous sommes à la fin de la saison sèche et même les Camerounais attendent la pluie pour ne plus avoir tant de poussière. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer qu’il y a eu quelques flocons de neige en France !

La ville de Yaoundé me paraît être un labyrinthe entre différentes collines. On n’appelle pas cette ville << la ville des sept collines >> pour rien : tout est en pente ici, soit on monte, soit on descend. J’ai encore du mal à me repérer, malgré plusieurs circuits en voiture et même en taxi (toute une aventure !! 😉). Il me faudra un peu de temps pour bien connaître les différents quartiers !

Vue sur Yaoundé depuis le CJARC où je travaille 😊

Une des choses que j’aime particulièrement ici, ce sont les couleurs, si riches, si variées, si contrastées ! J’aime le rouge du sable dans les rues non goudronnées et le vert des arbres, les pagnes multicolores des femmes, les étals qui comportent des fruits et des légumes de toutes les couleurs… C’est un réel plaisir de déambuler dans les rues et d’observer toutes ces couleurs !

J’ai aussi eu l’occasion de découvrir plusieurs plats locaux et de déguster des fruits et légumes produits ici… Ananas, avocats, papayes, bananes, noix de coco,… sont si savoureux !! Rien à voir avec les fruits qu’on peut trouver en France !!

La vie ici est un plaisir des sens sans cesse renouvelé et je suis vraiment reconnaissante pour ce que je vais encore avoir l’occasion de vivre et de découvrir au fil des prochains mois ! 😊

Une grande pensée pour mes élèves en France, à qui j’ai déjà beaucoup de choses à partager… Mais je réserve cela pour d’autres articles, il est temps pour moi de travailler ! 😉

Sur le chemin de l’école…

Alors que les élèves camerounais retrouvent aujourd’hui le chemin de l’école, je me dois de faire un article sur le système scolaire du Cameroun. Les élèves français ont repris les cours il y a cinq semaines déjà, mais la rentrée camerounaise a été décalée d’un mois en raison du virus. Les examens qui devaient avoir lieu en mai-juin se sont tenus au mois de juillet et tout a été décalé.

Il m’arrive régulièrement de vouloir changer plein de choses dans notre système scolaire français, que je trouve souvent trop rigide pour répondre vraiment aux besoins des élèves. Je me sens régulièrement frustrée de ne pas avoir assez de temps pour faire mes cours et m’occuper des élèves aussi bien que je le souhaiterais. C’est dans cet état d’esprit que je suis arrivée au Cameroun en février…et en entendant Dany et Elisha me parler de la manière dont se passent leurs cours, je n’ai pu que revoir mon discours et relativiser !

Dans la classe de CM2 du CJARC. Les effectifs sont bien raisonnables et permettent de bien connaître les élèves 😊

Au Cameroun, on parle de lycée pour désigner le collège et le lycée. Les collèges sont des établissements privés, payants et dans lequel il y a souvent plus de libertés. Dans le public, la rigueur est de mise et certaines règles sont très strictes. Ainsi, la tenue des élèves est regardée avec beaucoup d’attention à l’arrivée des élèves le matin. Les surveillants au portail vérifient que les élèves portent bien l’uniforme du lycée, sur lequel doit être brodé leur nom au fil blanc, que leurs ongles sont bien taillés, propres et sans vernis, et que leur coiffure est conforme au règlement. Dans le lycée de Dany et Elisha, les filles doivent être coiffées avec des nattes (entre 6 à 10 nattes) et les garçons doivent avoir le crâne rasé. Les filles portent une robe avec un cordon en guise de ceinture, qui doit retomber au niveau du nombril. Si ce n’est pas le cas ou s’il y a une règle qui n’est pas respectée, l’élève est soit renvoyé chez lui, soit puni. Actuellement, un des surveillants punit les élèves en leur faisant faire 50 pompes à l’entrée du lycée, devant tout le monde. Les élèves l’ont donc surnommé « Pompidou » 😂😂 Il est aussi possible de fouetter les élèves avec une chicotte. Mais cela n’est pas utilisé par tous les enseignants.

Elisha dans son uniforme de lycéenne 😍

Tous les lundis matins, les élèves du lycée entier se réunissent pour le grand rassemblement. Comme la cour du lycée est trop petite pour accueillir tous les élèves (ils sont plus de 10 000), ils se retrouvent sur le terrain de foot. Là, diverses informations leur sont données : club journal du lycée, point sur l’orientation scolaire, point santé, bilan de la vie scolaire avec nombre d’exclusion et discours du proviseur. Le proviseur est une figure très respectée au lycée : quand il passe, tous les élèves se taisent.

Je trouve souvent difficile d’avoir entre 170 et 200 élèves chaque année, qui arrivent chacun avec leurs soucis, leurs difficultés, leurs rêves et leurs espoirs. Certains auraient besoin d’un accompagnement plus personnel et régulier que je n’ai souvent pas le temps de leur apporter. Mais ce n’est rien en comparaison au nombre d’élèves présents dans les classes au Cameroun, qui avoisine les 150 (en tout cas dans les lycées publics de Yaoundé) ! Et chaque professeur enseigne à plusieurs classes, ce qui fait qu’ils ont souvent entre 450 et 600 élèves par an, voire plus ! Dans ce cas, impossible de connaître chaque élève, de l’appeler par son prénom et de l’accompagner réellement. Les professeurs n’ont pas le temps de faire l’appel : avec autant d’élèves par classe, cela prendrait toute l’heure de cours ! Ce sont les élèves les plus studieux, qui posent des questions aux professeurs à la fin de l’heure de cours ou ceux qui posent problème qui sont bien connus des professeurs.

Quelques élèves de la classe anglophone de CM2 du CJARC, dans la tenue de l’école 😊

Avec 150 élèves par classe, difficile aussi de bien gérer la classe. Les cours sont souvent bruyants et les élèves agités, avec ceux qui ne veulent pas suivre le cours au fond de la classe et les élèves sérieux devant. Pas toujours facile de se concentrer ! Il faut beaucoup de poigne aux professeurs pour réussir à imposer le silence et à faire cours dans de bonnes conditions. La plupart du temps, les professeurs arrivent (chaque classe dispose de sa salle, ce sont les profs qui se déplacent) et font un cours magistral. Les élèves prennent des notes et ne peuvent pas vraiment poser de questions.

J’ai aidé Dany et Elisha à réviser leur cours avant leurs examens, et notamment l’histoire-géo. En révisant avec elles, j’ai compris pourquoi elles me disaient qu’elles n’aiment pas cette discipline. Le programme n’est pas forcément adapté au contexte (quel est l’intérêt d’enseigner la Renaissance italienne au Cameroun, en plus sans support visuel pour présenter les artistes comme Léonard de Vinci, Michel-Ange et leurs œuvres ?). L’histoire est une discipline vivante, qui interroge, fait réfléchir et nécessite un travail sur des sources avec des supports visuels. Mais cela est compliqué quand les locaux ne sont pas équipés de vidéo-projecteurs ou que les effectifs sont si nombreux que seul le cours magistral est possible. Dans ces conditions, il est difficile pour les professeurs de bien guider les élèves. Les copies ne peuvent pas être beaucoup annotées, il y en a trop pour que le professeur ait le temps d’écrire des conseils sur chacune (je n’ose pas imaginer le temps que cela prend, la correction des copies est la tâche de l’enseignant qui me parait la plus fastidieuse !). Avec le bruit qu’il y a en cours, c’est aussi difficile de corriger les devoirs. C’est pourquoi les professeurs préparent des photocopies avec le corrigé qu’ils paient eux-mêmes et qu’ils revendent aux élèves intéressés. Parfois, le prix demandé pour un corrigé est trop élevé, et de nombreux élèves préfèrent s’en passer plutôt que de payer.

Manuel d’histoire pour les CM2 anglophones

Pour s’en sortir et réussir dans ces conditions de travail, il faut vraiment être motivé et travailleur. La plupart des élèves, après leurs 8h de cours, fréquentent un groupe de répétitions. C’est un groupe privé avec des profs privés qui viennent revoir les points vus en cours avec les élèves réunis en petits groupes et leur donnent des exercices. C’est payant (entre 7000 et 15000 CFA par mois, donc entre 10 et 20 euros, ce qui n’est pas à la portée de tous) et cela représente une nouvelle journée de travail pour les élèves qui ont déjà eu cours au lycée le matin. Lorsqu’ils rentrent à la maison, il faut encore faire les devoirs pour le lendemain. Les élèves sérieux sont nombreux à se lever tôt le matin pour faire leurs devoirs et travailler avant de suivre leur journée de cours.

Pour avoir travaillé sur plusieurs manuels scolaires durant mon temps de mission, j’ai pu constater que le niveau scolaire est souvent plus élevé que le nôtre en France. J’ai par exemple travaillé sur un manuel de SVT de 3ème, et j’y ai vu des notions que je n’avais pas étudiées en classe (et pourtant j’ai fait un bac S avec option SVT). Si les conditions de travail étaient meilleures, les élèves camerounais auraient bien plus de connaissances que nos élèves.

Voilà de quoi remettre les choses en perspective, cesser de se plaindre et faire de son mieux. Aucun système n’est pas parfait, tout peut toujours être amélioré. Le plus important est de faire de son mieux et d’y mettre son cœur !

Cérémonie de fin de maternelle pour les enfants de grande section du CJARC. Un moment important et émouvant 🤩

PS : c’est un article écrit à 4 mains, avec Dany qui a donné toutes ces informations. Ce sera aussi le dernier article… Cette semaine, cela fera deux mois que je suis de retour en France et j’ai repris mon travail au lycée. Mais il y aura d’autres aventures africaines, je le sais déjà 😉

La culture de la sape 🤩

Les Africains ont une culture de l’élégance que nous ne connaissons pas en Occident ! Ils aiment être bien habillés, être chics et distingués ! Et c’est un vrai plaisir des yeux ! 😍

Ma cocotte, une vraie top model! 💜

Ici, on trouve des couturiers à chaque coin de rue. Les tenues sont faites sur mesure, dans des pagnes et tissus choisis par le client, qui choisit également le modèle qu’il souhaite. Cela n’a rien à voir avec nos magasins de vêtements qui produisent et vendent en séries et où on se retrouve tous vêtus de la même façon. Et c’est aussi beaucoup moins cher !! Une robe faite sur mesure ici coûte environ 8000 FCFA, soit environ 12 euros ! Rien à voir avec les prix que pratiquent les couturiers chez nous !!

Avec maman Cécile, nous portons le pagne pour la journée de la femme ! 😊

Les boutiques de pagnes donnent le tournis, tant il y a de choix ! Pas facile de se décider entre les différents modèles, les couleurs et les motifs ! Et encore plus difficile de faire son choix parmi tout cela !

Difficile de se décider avec un tel choix ! 😅

Et une fois le choix des pagnes fait, commence un autre casse-tête : celui de trouver le ou les modèles de tenue qu’on souhaite faire avec. Pour cela, on utilise l’application Pinterest, et on cherche ce qui nous plaît. Étant donné la multitude de modèles présents sur Pinterest, il faut s’armer de patience et avoir déjà une petite idée de ce que l’on souhaite faire pour ne pas y passer trop d’heures ! 😅

Puis, il suffit d’aller voir un couturier, de donner le tissu, et de passer sa commande ! Ici, chaque famille a son couturier attitré, qui conserve les mensurations de chaque membre de la famille ce qui permet de gagner du temps et de ne pas devoir prendre les mesures à chaque commande !

Pour les mariages, les grands événements, les réunions, les associations, on choisit un pagne que l’on propose à chaque personne de porter. A elle ensuite de choisir le modèle qu’elle souhaite dans le pagne. Cela permet d’avoir des vêtements assortis et d’avoir une certaine harmonie sur les photos ! 🤩 Pour autant, cela n’uniformise pas les tenues puisque chacun est libre de choisir son modèle et qu’il y a un nombre infini de possibilités avec un même bout de tissu ! Cela m’impressionne à chaque fois !!

Ma famille camerounaise 😍

Pour compléter la tenue, les accessoires sont aussi très importants, et il est possible de les customiser pour qu’ils soient assortis à la tenue ! Avec les filles de Papa Coco, nous avons passé une après-midi à bricoler pour customiser des bijoux (bracelets, boucles d’oreilles, serre-tête), en collant des bouts de tissu dessus. Un moment de bricolage en famille très plaisant et amusant, dont on a pu admirer ensuite le résultat ! 😍

En pleine fabrication de bijoux en tissu !

Oui, vraiment, les Africains sont les rois de la sape ! 😊

Le 4 août, un jour particulier pour le CJARC… 😀

Aujourd’hui est un jour particulier pour le CJARC, un jour de fête… En effet, le CJARC fête ses 32 ans d’existence ! Partis de rien, Papa Coco et Martin Luther ont fondé une institution qui est aujourd’hui renommée dans tout le Cameroun et même à l’international. L’histoire du CJARC est ponctuée d’épreuves, mais au bout de ces difficultés, il y a toujours eu la victoire. Voilà 32 ans que le CJARC forme et accompagne des personnes handicapées, des personnes souvent rejetées et leur rend l’espoir et le sourire ! Je suis tellement fière de cette œuvre que Papa Coco et Martin Luther ont fondée et de leur parcours ! 😊

Le gâteau d’anniversaire du CJARC 🎂😊😋

32 ans de service auprès des autres… 32 ans à s’investir dans la société pour donner un avenir et de l’espoir, 32 ans à encourager, conseiller, aider… Quel beau bilan ! 😍 J’ai eu l’occasion depuis mon arrivée de rencontrer de nombreux non-voyants et malvoyants qui viennent se former au CJARC et qui ont pu bénéficier d’une scolarité normale grâce à l’accompagnement du CJARC. Ils sont nombreux à avoir bénéficié des services du CJARC et à y avoir trouvé un endroit leur permettant d’accepter plus facilement leur handicap et de rebondir, de se battre et de continuer de croquer dans la vie à pleines dents, malgré les difficultés ! A chaque fois que j’entends les parcours des uns et des autres, je suis frappée par la force qu’ils dégagent !

Roosevelt, élève non-voyant en classe de terminale, grand musicien, se produit sous la tribune des officiels ! 😊
Devenu non-voyant à l’âge de 40 ans, il réalise à présent de magnifiques tableaux ! 😊

Ce week-end encore, nous avons procédé à une nouvelle distribution de kits alimentaires et sanitaires dans différents villages et villes du Centre (la région dans laquelle se trouve Yaoundé) et de l’Ouest. Je suis toujours admirative devant le courage qui émane de ces personnes, qui parfois vivent dans le dénuement mais ne se plaignent pas et se débrouillent pour avoir de quoi nourrir leur famille. Nous avons aussi pu donner des kits à des personnes handicapées moteur, qui nous ont réservé un accueil très chaleureux, plein de joie de vivre… Quelle leçon de vie, de courage et de persévérance !!

Les personnes handicapées-moteur de Bafang nous ont accueillis par de beaux chants ! 😊

Pour ses 32 ans, le CJARC méritait donc une belle fête ! Nous avons profité de la journée pour lancer officiellement notre travail de rédaction des ODD (objectifs de développement durable) en braille et nous avons eu l’honneur de recevoir au CJARC Madame la Ministre des Affaires sociales, plusieurs ambassadeurs et le Représentant-Résident du PNUD! Une magnifique journée, que je suis très heureuse d’avoir pu passer ici, quelques jours avant mon départ ! ☺️

Sur la table de droite, une grande partie de mon travail de ces dernières semaines 😊
Une partie de la belle équipe qui œuvre au CJARC, auprès de Papa Coco et de Martin Luther ! 😊

Le Cameroun ou « l’Afrique en miniature » 🇨🇲 🤩

Les derniers week-ends, j’ai eu l’occasion de voyager un peu plus. Papa Coco souhaite vraiment me montrer son beau pays et j’ai ainsi pu admirer de magnifiques endroits !

Les pirogues de la Lobé

C’est l’occasion pour moi de partager avec vous quelques belles photos et de vous parler un peu de géographie… 😉

Le Cameroun compte 10 régions, qui sont très diversifiées. Les paysages varient beaucoup, de même que le climat et donc la faune et la flore. Le Nord et l’extrême-Nord du Cameroun sont des régions très sèches, désertiques à certains endroits et qui connaissent des difficultés d’accès à l’eau. Il y a un parc naturel très réputé pour sa faune, que j’aurais beaucoup aimé visiter ! Mais la région est aussi la cible privilégiée de Boko Haram qui y sévit depuis plusieurs années et fait des ravages parmi la population… C’est donc une zone à éviter !

En allant au champ d’Ekanga

L’Est et le Sud du Cameroun sont des régions où la forêt est très dense. Il s’agit de la forêt équatoriale, qui est encore plus importante au Gabon et qui constitue un des poumons verts de la planète. Elle est actuellement très exploitée et un des grands enjeux pour les prochaines années est de réussir à en faire une exploitation limitée, allant dans le sens du développement durable afin de préserver le plus possible cette ressource précieuse !

Les Hauts-Plateaux de l’Ouest

L’ouest du Cameroun, où j’ai voyagé 3 fois puisque c’est dans cette région que se trouve le village d’origine de Papa Coco, est une région montagneuse, très verte et très fertile. Les populations locales, les Bamilékés, sont très dynamiques et cultivent quasiment tout l’espace, même en pente ! Tout pousse ici et c’est une grande richesse pour la population locale ! Lors de mon dernier week-end passé au village, j’ai pu travailler au champ avec la grand-mère et nous avons braisé le maïs tout fraîchement récolté. C’est tellement agréable de jardiner et de savourer ce qu’on a soi-même cultivé !! Le lendemain, nous avons voyagé jusqu’au village d’origine de maman Cécile. L’occasion pour moi de découvrir encore d’autres paysages, dans le département des Hauts-Plateaux, et de rencontrer aussi quelques membres de sa famille. Un beau petit périple !

Avec la grand-mère au village 😊
La cuisine d’une maison traditionnelle, en briques de terre battue

J’ai aussi eu l’occasion de me rendre à Kribi, sur la côte. Il s’agit d’une ville balnéaire, située dans la région du Sud du Cameroun et pas trop loin de Douala, la capitale économique du pays. C’est une ville magnifique, avec de très belles plages, la mangrove et aussi de très belles chutes d’eau. Cette ville attire de nombreux touristes. Nous y avons passé un week-end et j’ai ainsi pu goûter au plaisir de me baigner dans l’océan Atlantique au lever du soleil (la température de l’eau était parfaite !), faire un tour en pirogue aux pieds des chutes de la Lobé et déguster crevettes, gambas et poissons fraîchement péchés ! De très bons moments ! 😀 Sur le littoral, on trouve des cocotiers partout et nous nous sommes aussi régalés de noix de coco fraîchement cueillies ! Un régal ! 😋

Les chutes de la Lobé
La cueillette des noix de coco…un vrai sport! 😁

Dernièrement, j’ai aussi passé une journée au champ à côté de Yaoundé, dans la région du Centre. Ici, il y a quelques collines, notamment à Yaoundé, mais le relief est plus plat que dans l’Ouest. C’est la saison des pluies actuellement et beaucoup de routes ne sont pas goudronnées. Notre voiture s’est embourbée à plus d’un kilomètre du champ. Il a donc fallu faire le reste du trajet à pied, sur un sol bien boueux. Une vraie aventure ! 😅 Puis, nous avons travaillé à la récolte des haricots, des légumes, du maïs,… Et nous sommes repartis à pied en portant le fruit de notre récolte pour prendre un taxi dans le village le plus proche afin de rentrer, notre voiture ayant eu des problèmes à l’aller. Je suis rentrée bien fatiguée, mais heureuse d’avoir pu récolter tout ceci et d’avoir pu aider un peu. J’ai toujours aimé le travail de la terre et le jardinage, que je pratique depuis mon enfance, et je suis toujours aussi contente de travailler de mes mains et de manger ensuite le fruit de mon labeur. Quel dommage que les métiers de l’agriculture ne soient pas plus valorisés, ce sont des métiers si nobles et tellement essentiels !

Voilà donc un petit aperçu de ce magnifique pays qu’est le Cameroun, dont j’admire la beauté et la variété des paysages ! Ce n’est pas pour rien qu’on parle souvent du Cameroun comme de « l’Afrique en miniature »! Et j’espère bien un jour pouvoir continuer d’explorer ces belles contrées, que ce soit au Cameroun ou ailleurs en Afrique… 😊

L’océan Atlantique depuis Kribi

Le retour des copies… plus difficiles à déchiffrer que celles de mes élèves mais aussi plus impressionnantes ! 😅

Depuis plusieurs semaines, le rythme est plus intensif, les journées sont plus chargées. Nous avons reçu plusieurs commandes de livres et manuels scolaires à transcrire sur lesquels je travaille et comme le temps qui me reste ici est compté, je fais en sorte d’être efficace et d’avancer aussi vite que possible pour terminer le travail que j’ai commencé.

Les élèves des classes à examen sont en train de passer leurs épreuves, qui ont été décalées de près de deux mois en raison du confinement. Cela nous donne aussi beaucoup de travail, avec la transcription des épreuves en braille, puis la restitution des copies du braille en noir, afin de permettre ensuite aux professeurs de les corriger. La semaine dernière, j’ai restitué plusieurs copies. Quel travail ! Cela nécessite une grande concentration, en tout cas pour une novice comme moi ! Cela m’a permis de réviser le braille et de vérifier que je sais aussi le lire et pas seulement l’écrire.

Le sujet de philosophie…

Et cela demande aussi de chercher à bien comprendre l’élève, ce qu’il a voulu dire et à comprendre les erreurs faites. La copie d’anglais m’a posé problème et m’a bien fait prendre conscience des défis de l’enseignement aux déficients visuels. Je ne comprenais rien de ce que je lisais, jusqu’à ce que je comprenne que l’élève écrivait de façon phonétique. Et comment lui en vouloir, si personne ne lui épelle l’orthographe des mots ? De plus, les élèves écrivent sur leur tablette, ce qui prend du temps et de l’énergie. J’ai déjà pu admirer leur rapidité ! Et avec le stress de l’épreuve, avec l’impossibilité d’effacer ce qui a été écrit sur la tablette, avec l’énergie que cela prend, les élèves sont vraiment méritants ! Quelle leçon de persévérance, de courage et de ténacité !!

Raïssa, élève de terminale, en train de prendre des notes pour préparer un exposé. Quelle rapidité et quelle maîtrise du poinçon et de la tablette !! 😯

La naissance de mon premier livre en braille ! 😀

Voilà 4 mois que je suis arrivée à Yaoundé et que je travaille au CJARC, majoritairement au service de la transcription même si j’interviens aussi auprès des enfants et dans plusieurs autres projets. Et j’ai enfin eu la joie de voir l’aboutissement d’un projet auquel j’ai beaucoup participé : la rédaction d’un livre portant sur les Objectifs de Développement Durable.

Le fruit d’un long travail d’équipe ! 😀

Depuis un an, le CJARC travaille en coopération avec des services de l’ONU pour promouvoir le développement durable et sensibiliser les personnes handicapées aux enjeux du développement durable et au réchauffement climatique. Trop souvent, ces personnes sont laissées de côté alors qu’elles sont tout autant concernées que n’importe quelle autre personne et qu’elles ont aussi leurs idées à apporter !

Plusieurs ateliers se sont ainsi tenus au CJARC, réunissant des personnes handicapées (handicapés visuels, handicapés moteur), des représentants des différentes mairies de la ville, et des spécialistes de la question, afin de monter un plan d’action pour mobiliser la population face à ce sujet d’actualité si préoccupant. Un de nos soucis a été de rendre accessibles les 17 Objectifs du Développement durable à tous, et ici particulièrement aux non-voyants.

Photo souvenir du dernier atelier de sensibilisation des personnes handicapées au réchauffement climatique.

Nous avons donc produit un document inclusif : écrit en noir (l’écriture des voyants) et en braille, et également bilingue (en français et en anglais) pour tenir compte des besoins du public visé. Le travail a été long et dense ! Il s’agit d’abord de rédiger toutes les parties, comme pour n’importe quel livre. Puis d’en faire la traduction en anglais. Ensuite, nous avons travaillé sur la mise en page. Après cela, il fallait trouver un logo illustrant notre projet et mettant en avant l’investissement du CJARC.

Une page du livre, en anglais, en noir et en braille : un vrai document inclusif ! 😊

Lorsque le document est complètement rédigé, nous utilisons un logiciel qui permet de transcrire le noir en braille. Comme nous avons mis le même document en noir et en braille, il fallait voir si la mise en page coïncidait et calculer quelques intervalles pour respecter les espaces, tout en tenant compte du fait que le braille est plus volumineux que l’écriture en noir.

Les embosseuses du CJARC, la plus grande imprimerie braille d’Afrique Centrale!

Et enfin, la dernière étape a consisté à imprimer notre travail, avant d’embosser chaque feuille. Les embosseuses sont des machines qui, à partir du logiciel de braille, viennent imprimer en braille. Cela va bien plus vite que la machine Perkins sur laquelle je travaille parfois ! Cela fait aussi beaucoup de bruit ! Le CJARC dispose de la plus grande imprimerie braille d’Afrique Centrale avec plusieurs embosseuses. Je n’avais encore jamais participé à la création d’un livre en braille et j’ai été ravie de voir tout cela fonctionner !! 😀 Ce travail est un travail d’équipe, mais j’ai eu l’honneur d’y apporter ma touche personnelle en rédigeant la conclusion, en créant le logo sur la page de couverture et en finalisant l’impression et l’embossage 😊

Mon chef Fulbert me forme à l’utilisation des embosseuses 😊

Le résultat final me plaît beaucoup : un beau document, résultant d’un super travail d’équipe, permettant d’inclure des personnes de différents horizons et portant sur un sujet qui me tient à cœur ! Tous les ingrédients sont réunis pour me plaire !! 😊 J’espère maintenant avoir l’occasion de faire quelques autres impressions avant mon départ et de finaliser ainsi les différents travaux sur lesquels j’ai travaillé depuis mon arrivée !

L’eau, une ressource vitale à préserver !

Chaque jour, je passe devant un puits où les gens se pressent matin et soir pour y puiser leur eau du jour… Ici, à Yaoundé et au Cameroun en général, toutes les maisons n’ont pas un accès direct à l’eau et de nombreux habitants sont obligés d’aller jusqu’au puits pour puiser l’eau nécessaire à leurs activités (alimentation, ménage, lessive…). Cette eau n’est pas toujours propre et potable, et de nombreuses personnes souffrent de maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau.

Le puits du quartier, désert à midi

Le fait de voir ces personnes puiser énergiquement l’eau, attendre leur tour et repartir avec de lourds bidons sur leur tête m’interpelle à chaque fois. Nous oublions trop souvent combien l’eau est une ressource précieuse, et combien c’est un privilège d’avoir accès à l’eau chez soi, de n’avoir qu’à tourner le robinet et de pouvoir même régler la température souhaitée.

Dans certains endroits, la pénurie en eau est très marquée. C’est le cas notamment au Nord-Cameroun, la province à la frontière avec le Tchad. Les habitants font la queue pendant toute une journée sans être assurés de pouvoir puiser ce dont ils ont besoin… Ici, la pluie est la bienvenue. Quand il pleut, de nombreuses familles sortent leurs bidons et leurs seaux pour les remplir et ils l’accueillent avec soulagement, comme un temps de répit.

Les difficultés d’accès à l’eau au Nord-Cameroun

Nous devrions être conscients de la valeur de cette ressource vitale, du privilège que nous avons d’y avoir accès sans nous poser de question et nous devrions en prendre soin. Nous gaspillons et polluons cette ressource alors que chaque goutte est précieuse ! J’espère que nous prendrons rapidement conscience de cela pour adopter un nouveau comportement plus juste, plus équitable et qui permette de mieux gérer cette ressource dont toute vie dépend !

« On voyage pour contempler ; tout voyage est une contemplation mouvante », Marguerite Yourcenar

« On voyage pour contempler ; tout voyage est une contemplation mouvante », Marguerite Yourcenar

Pour la deuxième fois depuis mon arrivée au Cameroun, nous avons quitté Yaoundé pour voyager au village d’origine de Papa Coco. Yaoundé se trouve dans la province du Centre, et Papa Coco y a grandi, mais il est originaire de la province de l’Ouest, dont Bafoussam est le chef-lieu. Les personnes originaires de l’Ouest appartiennent au peuple bamiléké, la plus grande ethnie du Cameroun. L’Ouest est une région montagneuse, très verte, avec une végétation très dense. Les Bamilékés sont de grands cultivateurs et il y a peu d’espaces qui ne sont pas cultivés. Le climat y est aussi plus frais qu’à Yaoundé…et les moustiques encore plus voraces ! 😬 J’ai ressorti mon jean pour la première fois depuis mon arrivée, ça faisait tout bizarre 😅

Sur la route 😀

Le village d’origine de Papa Coco s’appelle Bana, et se trouve dans le département du Haut-Nkam, en référence à la rivière Nkam. C’est à 5h de route de Yaoundé environ. Papa Coco a fait construire une maison au village il y a peu de temps. Ici, les personnes sont enterrées dans leur village d’origine et les funérailles qui rassemblent énormément de monde ont lieu dans une maison de la famille au village. Quand il n’y a pas de maison familiale au village, c’est la honte pour la famille… C’est en réalisant cela que Papa Coco a décidé de construire une maison au village il y a 3 ans environ. Elle est encore en travaux aujourd’hui mais elle est déjà habitable, et j’aime beaucoup cet endroit !

La maison au village 😍

Le village est très étendu, avec beaucoup de champs. La maison n’est pas au cœur du village mais à l’écart, et le paysage est magnifique ! J’aime le contraste entre le vert de la végétation et le rouge du sable ! ☺️

En traversant le fleuve de la Sanaga au lever du soleil 😊
Quelles couleurs incroyables !! 😊

J’aime également l’aspect paisible qui y règne, la simplicité de la vie au village, les temps passés en famille. C’est vraiment très reposant et ressourçant. Ça m’aide toujours à me rappeler de ce qui est essentiel pour moi et à être reconnaissante pour tout ce que j’ai le privilège de voir et de vivre ici !

Faire cuire la récolte fraîche de manioc au feu de bois… Un vrai régal !! 😋

J’aime aussi beaucoup le trajet. Même si nous nous levons en général à 3h ou 4h du matin pour faire une partie du trajet la nuit et arriver en fin de matinée, je passe le trajet à contempler le paysage. Nous nous arrêtons toujours aux différents marchés présents sur notre route, pour nous approvisionner. Il suffit d’y aller, d’arrêter sa voiture et il n’y a même pas besoin de sortir : les vendeurs prennent la voiture d’assaut et présentent leurs marchandises, montrant leurs plus beaux fruits et légumes et donnant envie de tout croquer 😁

Le marché pastèque… Admirez la taille des fruits !! 😅

Cette fois, nous sommes restés un peu plus longtemps au village et nous avons pu faire un peu de tourisme. Plus je découvre ce pays, plus je contemple sa beauté et plus je réalise le potentiel énorme dont il dispose, la diversité de ses ressources et la population travailleuse et dynamique qui est très jeune ! Vraiment, le Cameroun regorge de grandes richesses ! 😊

Le Nkam
La chefferie traditionnelle de Bana

« Voir et regarder le monde exige de l’attention et d’avoir une réelle capacité à s’émerveiller », Henry David Thoreau

Depuis que je côtoie des personnes souffrant de déficience visuelle, j’ai beaucoup réfléchi à la vue et au regard. Et cela m’a amenée à certaines prises de conscience.

La première chose que j’ai comprise avant même de venir ici, en intégrant la chorale des aveugles et malvoyants de Strasbourg, c’est que la vue n’est ni un acquis ni un dû. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui je vois que je verrai toute ma vie. Nul ne sait de quoi sera fait le lendemain, et nous devrions donc considérer le fait de voir correctement comme un privilège, un cadeau dont nous devons prendre soin et que nous devons savourer, un don pour lequel nous devons être reconnaissants.

Cela devrait nous amener à nous émerveiller de chaque chose que nous pouvons voir. Or, trop souvent, nous regardons les choses qui nous entourent sans même les voir. Et nous passons à côté de trésors ! Nous nous habituons bien vite à ce qui nous entoure, et nous les considérons trop vite comme « normales » ou « banales ». Elles intègrent trop vite notre ordinaire.

Or, j’ai appris ici, pendant le confinement, qu’il est important de renouveler le regard que l’on pose sur ce qui nous entoure et d’apprendre à être capable de s’émerveiller des choses les plus simples. J’ai constaté que je m’étais très vite habituée à mon nouvel environnement, et j’étais frustrée de ne pas pouvoir sortir davantage pour explorer la ville. Ma soif d’aventure était forte et ne pouvait pas être comblée. Au moment où j’ai pris conscience de cette frustration ingrate, j’ai eu honte ! Comment ai-je fait pour m’habituer à mon nouvel environnement tellement vite ? J’ai alors décidé de regarder les choses différemment, d’apprendre à m’émerveiller de ce que j’ai la chance de voir chaque jour. Et cela a totalement renouvelé mon regard et renforcé ma joie d’être ici et de vivre cette expérience si forte !

Quelques mètres avant d’arriver à la maison 😍

Juste entre le CJARC et la maison de Papa Coco, il y a 700 mètres à faire. Sur ce trajet, il y a des habitations très différentes, des maisons en dur mais aussi des maisons en bois, très modestes. Il y a plein de petites boutiques, très étroites, avec des vendeurs de fruits et légumes, des coiffeurs, des couturiers. Il y a deux garages, avec plein de carcasses de voitures, un menuisier, un ferrailleur, un boucher qui pose sa viande à même l’étal à l’extérieur, sous un parasol. Je passe aussi à côté de la fontaine où les personnes qui n’ont pas accès à l’eau courante vont puiser leur eau pour la journée. Quand nous partons le matin au CJARC et que nous rentrons le soir, il y a toujours plein de monde avec plein de bidons. En revanche, aux alentours de midi, c’est désert, les personnes ont puisé leur eau pour préparer le repas et sont donc affairées chez elles. Tout le long du trajet, il y a aussi des mamans qui vendent leurs beignets, leurs haricots et leur bouillie de maïs, la fameuse trilogie camerounaise, avec des clients qui se pressent autour d’elles. Il y a des champs de maïs, des bananiers, des avocatiers, des manguiers, des palmiers et plein d’autres espèces que je ne connais pas… Et puis, il y a le trafic incessant, les motos qui doublent dans tous les sens, les taxis jaunes qui s’arrêtent prendre ou déposer les nombreux clients, les piétons dont j’admire régulièrement les tenues ou le port de tête quand ils portent des bidons, des vêtements, ou toute sorte d’objets sur leur tête.

Mon endroit préféré sur le trajet, dégageant beaucoup de poésie : la boutique d’un coiffeur à côté de celle du frigoriste !

Voilà un spectacle incroyable, juste en 700 mètres ! Quand j’ai réalisé cela, je me suis demandée comment mes yeux avaient pu s’habituer si vite ! Depuis, je savoure ce trajet, j’observe et je scrute les maisons, les passants, les couleurs,… Et je prends encore plus le temps de le faire quand je rentre à pieds !

Parfois, Papa Coco m’accompagne. Il sait combien j’aime marcher et nous partons alors ensemble. J’apprécie aussi ces moments, qui changent là encore la perspective de mon regard. Car alors je ne regarde plus seulement pour contempler le paysage, mais je suis aussi les yeux de Papa Coco. Me tenant le coude, il me laisse le guider et m’écoute lui parler, lui expliquant qu’il faut qu’on retourne sur la chaussée car il y a une grande flaque à contourner ou un autre obstacle à éviter ou lui décrivant une scène que je trouve belle ou drôle… Cela me rend attentive à d’autres éléments, des détails pour les voyants mais qui ont une importance capitale pour les non-voyants.

Oui, bien souvent, nous avons besoin d’apprendre à poser un regard renouvelé, à apprendre à nous émerveiller de ce qui nous entoure. Cela vaut pour le paysage mais aussi pour les personnes que l’on côtoie. Trop souvent, nous ne regardons plus les personnes avec lesquelles nous partageons notre quotidien et nous ne nous émerveillons plus de ce qu’elles sont, de leur beauté tant extérieure qu’intérieure. Nous nous habituons et devenons bien vite ingrats au lieu de savourer la chance que l’on a.

Régime de bananes en train de mûrir 😋

Le regard s’éduque, et la vue est un cadeau : sachons profiter de cela et soyons remplis de gratitude pour ce don si précieux ! Sachons contempler notre environnement, sachons nous émerveiller d’être bien entourés, et apprenons à être reconnaissants pour ces petites choses qui en réalité sont de grands trésors!

Des couleurs magnifiques en fin de journée ! 😍

« Plus vous connaissez de langues, plus vous êtes humain », Tomas Garrigue Masaryk

Découvrir une culture, c’est aussi découvrir la langue, les expressions locales et la manière de les utiliser.

Le Cameroun est un pays bilingue en raison de son histoire : le français et l’anglais sont ainsi les deux langues officielles du pays. Mais ce ne sont pas les seules langues parlées ici, loin de là : il y a plus de 300 langues recensées dans tout le pays ! Chaque ethnie a sa langue et même des villages voisins peuvent avoir des langues différentes !

Je n’arrive pas à les distinguer et pour moi, toutes les langues se ressemblent 😅 Mais Papa Coco et Maman Cécile y arrivent très bien et peuvent deviner d’où une personne est originaire en l’entendant parler. Bien sûr, ils ne connaissent pas toutes ces langues, mais ils savent discerner de quelle région vient une personne ! Cela m’impressionne à chaque fois !

Pour ma part, j’apprends quelques expressions par-ci par-là et je m’en contente ! J’aime beaucoup pouvoir utiliser les expressions locales, ça fait toujours rire mes interlocuteurs ! 😁 Et parfois, c’est moi qui suis surprise de leur répondre spontanément comme eux le feraient ! C’est le signe que j’assimile bien et que je m’intègre aussi, petit à petit ! 😊

Voici quelques éléments que j’ai pu remarquer jusqu’à présent :

Lorsqu’on rencontre quelqu’un et qu’on le salue, la première question qu’on pose est : « c’est comment ? » pour demander comment ça va. Quand on souhaite bonne journée à quelqu’un, la personne répond : « meilleure à vous ».

Lorsqu’on veut insister sur quelque chose, il y a plusieurs manières de le faire : très souvent, on met « o » à la fin d’un mot pour le souligner. Ça peut être pour un prénom (moi, je ne l’entends pas trop car on m’appelle déjà « Elo » 😉), ou à la fin d’une phrase « c’est comment oooo ? » Au début, c’est surprenant et puis, on s’y fait et on a envie de mettre des « o » partout ! 😂 Quand il s’agit d’une conversation sérieuse et qu’on insiste sur quelque chose de surprenant, de révoltant ou d’important, on dit : »je te dis »! Il m’arrive de le dire de temps à autre sans m’en rendre compte 😅

J’aime beaucoup entendre Papa Coco s’exclamer : « çaaaaaaaaaaa » quand il est surpris par quelque chose ! Les expressions traduisent facilement les sentiments de l’interlocuteur ! Pour une conversation plus sérieuse, on peut aussi répondre à quelqu’un qui nous annonce quelque chose d’étonnant ou qu’on veut lui montrer qu’on est d’accord avec ce qu’il dit : « n’est-ce pas ? » Souvent, quand on annonce quelque chose de triste, comme le décès d’une personne, on répond : »ouèèèè » sur un ton grave.

Et puis, il y a plein d’expressions qu’on utilise ici fréquemment :

– on parle de « désordre » pour parler de classes et d’élèves indisciplinés

– on dit que « la voiture-ci dérange » quand la voiture a une panne

– on dit que « l’ampoule ne donne plus » quand l’ampoule est cassée et qu’il faut la changer

– on dit : « je suis foiré » pour dire « je suis fauché, je n’ai pas d’argent »

– quand on mange quelque chose de bon, on dit : »le goût de ça ! » C’est l’expression que j’utilise le plus, surtout quand je mange des fruits ! 😁

Et puis, il y a plein d’expressions qui proviennent d’autres langues et que j’entends régulièrement :

– pour quelqu’un qui fait le gourmand et mange beaucoup, on va dire qu’il fait le « ndôk »

– quelqu’un qui fait du commérage fait du « congossa »

– quand on se maquille, on met le « nyanga »

– quand quelqu’un crâne, on dit qu’il « mimba »

Et les jeunes ont aussi leur propre vocabulaire, avec leurs propres expressions, parfois mêlées à l’anglais comme « je Wanda » pour dire que je suis étonné. Ou encore « je go tchop » pour dire que je vais manger. Ils appellent les vieux portables les tchoronko…

C’est vraiment riche d’observer la langue et les expressions. Ça donne parfois lieu à des scènes comiques, comme la fois où un homme m’a saluée d’abord en français puis dans sa langue et où, croyant qu’il venait de dire son prénom, j’ai répondu « Elodie » 😂😂 Je ne suis pas encore une experte et j’ai parfois du mal à prononcer certains mots, surtout quand ils sont précédés d’un « m » ou d’un « n » qu’on prononce sans vraiment le prononcer… Mais ça fait sourire mes interlocuteurs qui sont ravis de me voir essayer et ça permet de créer du lien ! Finalement, c’est ça le plus important ! 😊

« Chaque fois que vous pensez qu’une autre langue est étrange, rappelez-vous que la vôtre l’est tout autant ; vous y êtes juste habitué »! 😉